Quelques
mots et formules clefs
La genèse
d’une société locale de la connaissance met en œuvre des vecteurs complexes et
multiples.
Elle ne suppose pas seulement une identification de leurs apports réciproques,
mais également une réelle connaissance de leurs articulations suivant les
horizons culturels en jeu.
Une société de la connaissance déclinée ou non à
l’échelle locale est un horizon mental avant tout constitué de liens, de mises
en rapport, de connexions diverses.
D’où l’importance de la création de nouveaux espaces
et de nouveaux lieux aux contours encore difficiles à imaginer.
Inventer de nouveaux
lieux :
par exemple créer un centre
d’inspiration…
Prenons l’exemple de Lahti, au nord d’Helsinki. La
région était plongée dans une profonde dépression - quasiment tout au long de
l’ultime décennie du siècle dernier - d’un environnement économique pour
l’essentiel basé sur la fabrication traditionnelle de mobilier et les
constructions mécaniques.
Surtout, la collectivité ne possédait pas de
véritable université locale, alors que les entreprises peinent à trouver les
idées nouvelles nécessaires à un processus d’innovation sans l’appui
d’universités, de laboratoires de recherche et de services high-tech.
Un projet de stratégie régionale d’innovation a été
mis sur pied et porté par Neopoli, un centre technologique régional. On sait
que l’une des causes premières d’un déficit en matière d’innovation résident
souvent dans un manque d’expertise dans la préparation des plans de
développement [1].
Un service de gestion de l’innovation a été crée -
Innopipe -, hébergé par le centre local que possède à Lahti l’Université
technologique d’Helsinki, structure complétant l’action des centres de
technologie. Innopipe soutient aujourd’hui entre 80 et 100 projets par an, qui
durent de 3 à 12 mois environ.
Ce qui a fait surtout la différence est un centre d’inspiration, qui encourage
une réflexion tournée vers l’avenir. Il s’agit d’un lieu où les gens peuvent
se rencontrer pour brasser des idées, élaborer des plans de développement
ou des campagnes marketing. C’est une sorte de guichet unique où les gens
reviennent autant de fois qu’il le faut. L’on ne peut que constater qu’un
tel dispositif territorial - qui a fait l’objet d’une très large communication
- a redonné une réelle confiance à
l’ensemble des acteurs territoriaux.
Penser un edutainment
patrimonial
par exemple … apprendre
l’image :
On évoque en effet à juste titre l’importance de
conférer à tous nos contemporains - et non pas seulement aux plus jeunes - des capacités d’analyse de l’image.
Il nous faut donc aujourd’hui créer de nouvelles approches pour un apprentissage iconographique
véritable, avec notamment ses spécificités régionales.
Pour cela, le concept d’apprentissage ludique, s’il
est amené à couvrir des champs d’application potentiels considérables, ne doit
pas nous amener à oublier très vite ses limites en la matière. Seules les innovations technologiques majeures que
nous connaissons aujourd’hui, issues d’ailleurs notamment des laboratoires de
recherche européens, peuvent nous y aider, de même - pour ce qui est surtout du
domaine patrimonial - qu’un engagement
fort en ce sens des collectivités
territoriales.
Trois axes
majeurs se
présentent à nous aujourd’hui en vue d’une approche pédagogique technologiquement
exigeante, mais fondamentalement emprunte d’une démarche ludique respectueuse
des horizons culturels. Il s‘agit là des trois principales voies mises en avant
par les récentes analyses d’ARENOTECH.
·
rendre
l’image visuellement aussi bien que
physiquement accessible, donner la possibilité à l’apprenant d’y accéder en
y créant ce que nous appelons des « cheminements
de compréhension »
·
donner
à percevoir l’image comme un objet
virtuel et conférer à « l’usager
de l’image » la possibilité d’en décomposer les éléments en temps réel
·
rendre
l’image plus mobile, donc plus proche, plus apprivoisable intellectuellement, au travers notamment des outils
de la mobilité intelligente.
Les scénarios
prospectifs restent naturellement à écrire. Le programme de « Musée virtuel de la Méditerranée » de l’ONG ARENOTECH aura notamment pour
mission de s’y employer.
Gérer l’imaginaire
local :
par exemple prendre en compte le
positionnement
de nouvelles formes de
créativité dans les processus d’attractivité territoriale
La création artistique et culturelle a constitué,
tout au long d’une histoire occidentale pluriséculaire, une composante majeure
des stratégies de mise en exergue et d’attractivité, ceci aussi bien sur les
plans religieux, politique ou économique.
Nous
avons tous noté le rôle nouveau des facteurs culturels sur les chantiers
économiques de la globalisation et singulièrement la constitution de pôles de
compétence territoriaux : ceux-ci
apparaissent comme les chantiers les plus exemplaires de la globalisation, dans
la mesure où leur succès est clairement dû souvent à un rôle nouveau des facteurs culturels dans l’aménagement des
villes et régions européennes.
Les polarités économiques et autres effets
d’agglomération constituent aujourd’hui l’une des composantes des fortes
mutations territoriales auxquelles nous assistons. Celles-ci s’inscrivent en
effet dans une forte recomposition du système productif global où la place
des vecteurs culturels s’avère prédominante au point de surprendre certains
acteurs de la vie intellectuelle et des divers domaines de la création.
L’ouverture de
nouveaux espaces économiques coïncident notamment de la sorte avec celle de nouveaux lieux culturels - de
véritables espaces pour des acteurs culturels locaux mis en réseau -.
Une géographie
européenne de la cyberculture dans le domaine
des
arts multimédia et de l'animation numérique permet ainsi d’observer le
développement d’activités qui constituent aujourd’hui pour leur ville
aujourd’hui de réels facteurs d’attractivité économique.
Créer une géographie locale
de l’immatériel
par exemple imaginer de vrais espaces
virtuels de savoirs locaux
La connaissance du tracé des réseaux haut et très
haut débit, les zones de couverture des opérateurs de téléphonie mobile qu’il
s’agisse de terminaux GSM ou GPRS, des espaces multimédia, des points d’accès
Wi-Fi, des lieux de formation dans un quartier ou une petite villes, l’url des
portails de services municipaux, des portails thématiques, des sites
d’information géographique, des weblogs locaux les plus utiles, des
spécificités des moteurs de recherche et la connaissance des algorithmes qui
permettent une bonne diffusion de l’information…Mais ce ne sont là à l’évidence
que des moyens nouveaux ou originaux parfois d’approcher ou d’appréhender des
savoirs. Il s’agit de gérer les savoirs eux-mêmes, de les structurer en vue
d’un bon usage à l’échelle locale : c’est donc une véritable gestion
locale de l’information qu’il convient de mettre en place.
Mais aussi :
Revoir les paradigmes de l’identité et de l’innovation :
par exemple multiplier les liens de
proximité entre les deux champs…
Mais aussi :
Reconfigurer à l’échelle locale les champs de savoirs :
par exemple imaginer des espaces nouveaux de
transmission des savoirs…
En guise de conclusion très provisoire…
Ce sont, sous des formes très diverses, de
véritables entités locales de dissémination informationnelle et de gestion des
connaissances qu’imaginent aujourd’hui certains créateurs.
D’autres évoquent le nanomonde dans la culture
globale.
Peu importe au fond aujourd’hui la matérialisation
de tels exercices de prospective. Ce qui compte, ce sont les besoins qui
apparaissent et les exigences qui s’imposent à l’échelle territoriale. Les
métaphores montagnardes des fossés et des fractures n’ont guère de consistance
à ce stade.
La société
locale de la connaissance est et reste encore avant tout aujourd’hui un projet
d’inclusion numérique.
[1]
Témoignage de Matti
Lintuniemi (Université technologique d’Helsinki).