La lettre du RVN - Année 2003
|
L’ACTION DU RESEAU EUROPEEN
DES VILLES NUMERIQUES A PARIS Le
Réseau des Villes Numériques a
été convié à participer, au cours de l’année 2002, à de très nombreuses
réunions à l’Hôtel de Ville de Paris (réunions relatives au PLU,
réunions du groupe « Nouvelles Technologies »…), mais
aussi dans bien d’autres lieux où il a été invité à contribuer aux
réflexions relatives à l’avenir de la ville (élaboration de projets
ayant trait à un quartier largement consacré à l’avenir aux technologies
du numérique dans le Sentier, au futur quartier de l’Europe autour
de la gare du Nord et de la gare de l’Est, à des projets tels que
la Maison des Métallos ou le Couvent des Récollets ou à des incubateurs
d’entreprises tels que ceux de la rue de Crimée ou du boulevard
Mac Donald…). Depuis
longtemps en effet, nous avons émis analyses et recommandations
à de multiples acteurs parisiens afin que les habitants de la capitale
puissent saisir les opportunités de nouvelles formes de développement
économique. Notre proposition d’organiser à Paris la Journée européenne
des Villes Numériques en juin prochain va en ce sens. Le label « Paris
Europe » nous a d’ailleurs été donné à cette occasion. Nous
avons proposé de fixer à Paris l’adresse d’un réseau de pôles images
et de faire de la ville une véritable capitale de l’image. Nous
souhaitons de même y créer un centre de documentation et de recherche
sur la ville numérique. Bref, faire en sorte qu’elle soit - à travers
des manifestations organisées à cette fin - l’écran de l’innovation
des villes et territoires européens. Introduire en la matière une
véritable « hub culture », selon la formulation de Stan
Stalnaker [1]. « Il
faut lui donner une image plus forte, en faire une ville numérique »
souligne d’ailleurs en ce début d’année 2003 Christian Sautter [2]. UN ETAT DES LIEUX Chacun
sait que l’évolution de l’emploi (notamment l’emploi des cadres
et du travail qualifié) démontre [3], s’il en était
besoin, l’urgence de mesures fortes. Plus grave encore, l’étude
de l’association Paris - Ile-de-France Capitale économique
relative à l’attractivité économique de treize grandes métropoles
européennes montre que Paris est désormais devancé non plus seulement
très largement par le Grand Londres, mais également par Barcelone. Nous
avions déjà souligné certaines stratégies qui faisaient que quatre
villes notamment sont devenues singulièrement attractives pour de
nouvelles entreprises à la recherche d’une implantation : il
s’agit bien évidemment de Francfort (+ 22%) et de Madrid
(+ 38%) - deux villes où nous aurons l’occasion de faire le point
en 2003 à travers des séminaires - ; mais il s’agit également
de villes comme Bruxelles, mais surtout et avant tout - nous
suivons son évolution depuis deux années - Düsseldorf (+
81 %). A
cet égard, il est essentiel de prendre en compte le récent rapport
d’Eurostat sur l’Europe du high-tech et notamment les données
portant sur le niveau régional : neuf régions parmi les
dix premières de l’Union européenne pour l’emploi dans les industries
high-tech sont allemandes. On sait notamment que les villes
les plus performantes en la matière sont Stuttgart, Tübingen,
Braunschweig et Karlsruhe. Une seule région
française figure dans ce palmarès, mais - hélas pour la région francilienne
- il s’agit de la Franche Comté : l’Ile de France ne garde
toute sa prédominance que dans les services dits à forte intensité
de connaissance. Il y a là un chantier à ouvrir rapidement. Malgré
une même chute des investissements, Dublin et Budapest
suivent le trio de tête des métropoles européennes attractives ;
il faut surtout noter que pour ce qui est de l’implantation de fonctions
stratégiques par des sociétés internationales, qu’il s’agisse d’un
centre de recherche ou du quartier général par exemple, Paris, malgré
une remontée importante (9%), reste largement devancée par la capitale
irlandaise (16%). LE PLAN LOCAL D’URBANISME :
PROSPECTIVE ET HISTOIRE. Les
débats sur le PLU auxquels nous avons eu l’occasion de participer
ont naturellement largement pris en compte ces données. Le
Paris de 2020 dessine
en effet ses contours au travers notamment de son noyau central
échappant enfin en partie à la circulation - ce qui non seulement
ne constitue pas nécessairement un frein à l’activité économique,
mais peut tout au contraire la faciliter au travers de la création
de véritables pôles de compétence dont la capitale est aujourd’hui
en grande partie dépourvue, et ceci notamment pour ce qui est des
activités innovantes -. L’esquisse
aujourd’hui débattue après quinze mois de réflexion menée dans les
vingt arrondissements a été soumise aux conseillers de Paris le
jour même de l’inauguration de l’exposition de la Bibliothèque nationale
consacrée au Paris d’avant Haussmann. Pour imaginer les aménagements
à réaliser aujourd’hui, il est absolument essentiel de prendre acte
avec précision des propositions qui pendant plus de trois siècles
ont été celles des cartographes, des inventions et suggestions qu’ils
ont pu recueillir au cours de leur travail [4]. QUELQUES PISTES Les
atouts pour créer à Paris un haut lieu de l’innovation suppose ne
pas viser seulement à créer un véritable territoire de haute technologie
en développant pépinières et hôtels d’activités. On sait bien qu’il
faudra tout un travail de réactivation des liens avec des institutions
de recherche, mais également faire de la collectivité un acteur
de plein droit dans ce domaine et songer par exemple à un financement
territorial complémentaire (même si la contribution est peu importante)
de certaines activités de recherche et développement. Avant
tout, la ville doit impérativement produire pour les acteurs franciliens
une réelle visibilité sur ces questions : comme cela a été
évoqué dans un groupe de travail sur les nouvelles technologies,
il faut une maison des technologies du numérique et de la convergence,
il faut des lieux de rencontre et de débat fournissant des matériaux
comparatifs à l’échelle européenne en matière de prospective territoriale ;
il faut créer de nouveaux liens, à l’échelle locale, entre les acteurs
culturels et des représentants d’entités économiques particulièrement
innovantes, des spectacles de rue utilisant des réseaux Wi-Fi,
de vrais lieux d’initiation - ce que peut devenir l’espace de la
Gaieté lyrique par exemple - et non des espaces multimédia caricaturaux
où les animateurs manquent autant d’information que de formation.
Il
faut démultiplier les liens entre des villes européennes chantiers
du numérique et bâtisseuses de sociétés locales de la connaissance.
Permettre à des habitants de Hambourg, Tampere ou Valencia de suivre
à distance des débats entre parisiens et réciproquement. Des débats
qu’il faudrait ne plus jamais tenir sans que les participants aient
reçu une bonne information sur la manière dont tant de quartiers
ont pu se transformer, créer des entreprises et des emplois. Susciter
la curiosité en marge de ces rencontres en proposant des usages
nouveaux pour certains outils de la mobilité - proposer ainsi
aux jeunes d’un quartier d’écriture leurs moblogs -. Multiplier
les conférences consacrées à de nouveaux horizons économiques et
des aventures entrepreneuriales. Proposer des dossiers en ligne
au monde scolaire et universitaire en matière de prospective urbaine
ou de visites virtuelles de quartiers… Une
manifestation comme le Printemps de l’Europe 2003 et bien évidemment
notre journée européenne de juin prochain constitueront l’occasion
non seulement de préciser l’état des lieux, mais également de mettre
en œuvre un certain nombre de projets. André Jean-Marc Loechel [1] Hub Culture, Singapour, 2002. [2] Entretien de l’adjoint au maire de Paris chargé du développement économique avec Virginie Robert, Les Echos.net, 27 janvier 2003. [3]
Non seulement 150 000 emplois
ont été ainsi perdus dans la décennie des années quatre-vingt
dix, mais en une seule année, d’octobre 2001 à octobre 2002, le
nombre d’emplois perdus a encore augmenté de 20 %.
[4] On se reportera au travail de Jean Boutier Plans de
Paris des origines (1493) à la fin du XVIIIème siècle, BNF,
Paris, 2002. |
||
|
|